| Interview accordée par le Ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi sur sa tournée dans sept pays asiatiques et africains |
| 2010-01-14 15:40 |
Du 5 au 14 janvier, le Ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi a visité, sur invitation, le Kenya, le Nigeria, la Sierra Leone, l'Algérie, le Maroc, l'Arabie saoudite et les Maldives. Au terme de sa tournée dans ces sept pays, il a accordé, à Riyad, une interview exclusive à l'Agence Chine Nouvelle et à CCTV, pour parler des résultats de cette visite et de ses sentiments personnels. Q : Monsieur le Ministre, quelles sont vos appréciations sur cette tournée dans ces sept pays ? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué pendant cette visite en Afrique que vous effectuez en ce début d'année ? Comment voyez-vous l'état actuel et les perspectives des relations sino-africaines ? R : La visite que j'effectue sur invitation dans ces sept pays asiatiques et africains est en fait ma première visite à l'étranger de l'année 2010. Durant cette tournée, j'ai eu des entretiens et entrevues avec des dirigeants de ces pays lors desquels nous avons procédé à des échanges de vues francs et approfondis et dégagé de larges terrains d'entente sur les relations bilatérales et les questions internationales et régionales d'intérêt commun. Cette visite a permis d'accroître la confiance mutuelle, d'élargir la coopération, d'approfondir la connaissance mutuelle et de raffermir l'amitié entre la Chine et les pays concernés. Effectuer une visite en Afrique au début de l'année est depuis longtemps une tradition des Ministres chinois des Affaires étrangères qui montre la haute importance que nous accordons au renforcement de nos relations d'amitié et de coopération avec les pays africains. Cette fois-ci, c'est déjà ma troisième visite officielle en Afrique depuis ma prise de fonction. A chaque fois que je viens en Afrique, je suis toujours profondément marqué par la chaleur et l'hospitalité des peuples africains, ainsi que par leur profonde amitié envers le peuple chinois. Cette visite m'a permis de mesurer l'importance sans précédent des opportunités qui s'offrent aux relations sino-africaines, situées dans une phase de développement accéléré. Lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine tenu en novembre 2006, la Chine et l'Afrique ont décidé d'établir un nouveau partenariat stratégique, caractérisé par l'égalité et la confiance réciproque sur le plan politique, la coopération gagnant-gagnant sur le plan économique, les échanges et l'inspiration mutuelle sur le plan culturel, ouvrant ainsi de nouveaux horizons à la relation sino-africaine. En novembre dernier, la 4e conférence ministérielle du Forum s'est tenue avec succès. Le Plan d'action de Charm el-Cheikh du Forum sur la Coopération sino-africaine(2010-2012), adopté par la conférence, a dressé un plan global de la coopération sino-africaine dans tous les domaines pour les trois ans à venir. Les huit nouvelles mesures visant à renforcer la coopération pragmatique sino-africaine, annoncées par le Premier Ministre Wen Jiabao au nom du gouvernement chinois, illustrent la volonté de la Chine et de l'Afrique de travailler ensemble pour relever les grands défis planétaires et contribuent à soutenir la réalisation du développement durable dans les pays africains et à la promotion du développement partagé entre la Chine et l'Afrique. Cette année est la première année de la mise en œuvre des acquis de la dernière conférence ministérielle. Durant cette visite, j'ai eu des concertations intenses et dégagé de vastes consensus avec les gouvernements concernés sur la concrétisation des résultats de la conférence ministérielle. A l'avenir, la Chine continuera à œuvrer ensemble avec ses amis africains, dans le respect du principe dit « amitié sincère, concertation d'égal à égal, planification d'ensemble, bénéfice à tous, approche progressive, efficacité et pragmatisme », pour mettre en œuvre effectivement tous les acquis de la conférence ministérielle, afin de porter la coopération pragmatique entre la Chine et l'Afrique à un nouveau palier et d'apporter des bénéfices réels aux peuples chinois et africains. Q: Vous disiez tout à l'heure que le Premier Ministre Wen Jiabao a annoncé, lors de la 4e Conférence ministérielle du Forum sur la Coopération sino-africaine, huit nouvelles mesures visant à promouvoir la coopération pragmatique entre la Chine et l'Afrique. Quelles sont les considérations qui ont conduit la Chine à adopter ces mesures ? Quels impacts importants auront ces mesures sur le développement futur des relations sino-africaines ? R : La 4e Conférence ministérielle du Forum sur la Coopération sino-africaine s'est tenue avec succès à Charm el-Cheikh en Egypte du 8 au 9 novembre dernier. Les huit nouvelles mesures annoncées par le Premier Ministre Wen Jiabao lors de la cérémonie d'ouverture portent sur les domaines aussi variés que la lutte contre le changement climatique, l'intensification de la coopération technico-scientifique, l'accroissement de la capacité de financement de l'Afrique, l'élargissement de l'ouverture du marché chinois aux produits africains, l'approfondissement de la coopération dans les domaines agricole, sanitaire, médical, éducatif et de la mise en valeur des ressources humaines, et l'intensification des échanges culturels et intellectuels. Ces mesures, toutes nouvelles, riches en contenu, et qui couvrent les divers domaines, ont été prises en fonction de l'orientation du développement des relations sino-africaines et des besoins réels des nombreux pays africains dans le nouveau contexte. En associant le court terme et le long terme, elles visent non seulement à aider les pays africains à surmonter les difficultés du moment, mais aussi à promouvoir le développement durable en Afrique. Ces mesures, qui correspondent aux revendications des pays africains en matière d'amélioration des conditions de vie de leurs populations et de renforcement de leur capacité de développement, ainsi qu'à l'aspiration commune de la Chine et de l'Afrique à faire avancer leurs relations sur tous les plans, traduisent pleinement la volonté de la Chine de surmonter les difficultés dans un esprit solidaire avec la l'Afrique face à la crise financière internationale. Ces huit nouvelles mesures permettront non seulement de soutenir les pays africains dans leurs efforts de réaliser leur développement socio-économique dans tous les domaines et de les aider à atteindre au plus tôt les OMD, mais également d'approfondir encore davantage la coopération mutuellement avantageuse entre la Chine et l'Afrique et de porter le nouveau partenariat stratégique sino-africain à de nouveaux paliers. Q : Les trois dernières étapes de votre présente tournée sont tous des pays arabes. Comment voyez-vous le rôle joué par le Forum sur la Coopération Chine-pays arabes depuis sa création dans la promotion du développement des relations sino-arabes ? Et quelles sont vos attentes du développement des relations entre la Chine et les pays arabes ? R : En janvier 2004, lors de la visite du Président Hu Jintao au siège de la Ligue des Etats arabes au Caire, la Chine et les pays arabes ont proclamé ensemble la création du Forum sur la Coopération Chine-pays arabes. Après six ans de développement, ce Forum s'est doté d'une dizaine de mécanismes de coopération couvrant les domaines politique, économique, et culturel, y compris la conférence ministérielle, la réunion de hauts fonctionnaires, la conférence des entrepreneurs, la conférence de l'amitié et le forum de la communication, ce qui a permis d'élargir les canaux et d'enrichir les contenus de la coopération sino-arabe. Le Forum, qui est dores et déjà une plate-forme efficace du renforcement du dialogue collectif et de la coopération pragmatique sino-arabes, joue un rôle actif pour promouvoir l'instauration d'un partenariat sino-arabe de type nouveau dans le nouveau contexte. Avec son développement, le Forum sur la Coopération Chine-pays arabes exerce une influence de plus en plus importante en Chine comme dans les pays arabes. Pour beaucoup de nos amis arabes, il s'agit d'un forum très réussi entre les pays arabes et les autres pays ou régions. Les diverses activités dans le cadre du forum ont permis de consolider davantage l'amitié traditionnelle sino-arabe et d'intensifier les échanges amicaux gouvernementaux et non-gouvernementaux dans tous les domaines entre les deux parties. La 4e Conférence ministérielle du Forum se tiendra en juin 2010 en Chine. J'attends de rencontrer, à cette occasion, les Ministres des Affaires étrangères des pays arabes et le Secrétaire général de la Ligue arabe pour procéder à des échanges de vues approfondis sur les questions d'intérêt commun et les politiques et mesures à adopter pour développer les relations sino-arabes dans le nouveau contexte. Je suis sûr que le mécanisme du Forum, sans cesse amélioré, contribuera vigoureusement au développement des relations sino-arabes dans le nouveau contexte et à la promotion de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient et dans la région du Golfe. Dans son discours prononcé au siège de la Ligue arabe en novembre dernier, le Premier Ministre Wen Jiabao a souligné que le monde d'aujourd'hui traverse de grands changements, réajustements et développements, et la situation politique et économique internationale connaît de profondes transformations. Les pays arabes comme d'autres pays en développement voient leurs position et influence s'élever sans cesse. Dans ce nouveau contexte historique, la Chine doit renforcer ses échanges et sa coopération politiques, économiques, commerciaux et culturels avec les pays arabes. La création et le développement du Forum sur la coopération Chine-pays arabes a ouvert de larges perspectives au renforcement du dialogue collectif et de la coopération entre les deux parties. Le discours important du Premier Ministre Wen Jiabao a montré le chemin pour l'élargissement de la coopération sino-arabe mutuellement avantageuse. Forces importantes parmi les pays en développement, la Chine et les pays arabes doivent faire valoir leurs atouts respectifs pour se compléter mutuellement et approfondir leur coopération afin de relever les défis et de réaliser le gagnant-gagnant. Voilà une aspiration commune des deux parties. La Chine est disposée à travailler ensemble avec les pays arabes pour renforcer le dialogue et la concertation, et transformer cette volonté en une force motrice, afin de promouvoir l'approfondissement de la coopération sino-arabe dans les domaines politique, économique, culturel, éducatif et sécuritaire, et d'établir ensemble un nouveau partenariat sino-arabe orienté vers la paix et le développement durable au service de la paix et du développement dans le monde. Q: Les questions mondiales telles que la crise financière internationale et le changement climatique constituent aujourd'hui des défis communs pour toute la communauté internationale. Comment la Chine reforcera-t-elle sa coopération avec les pays africains et arabes et les autres pays en développement pour lutter ensemble contre la crise financière internationale et le changement climatique ? R : La Chine, tout comme les nombreux pays africains et arabes, est un pays en développement. Nous avons des positions identiques ou similaires et mènent une coopération fructueuse dans le règlement des questions planétaires comme la crise financière internationale et le changement climatique. La Chine participe toujours à la coopération internationale contre la crise financière avec une attitude active et responsable. Depuis l'éclatement de cette crise, la Chine a intensifié les échanges d'informations et partagé les expériences avec les pays africains et arabes. Les deux parties ont travaillé pour renforcer la coopération financière, encourager les investissements dans les deux sens et maintenir l'envergure des échanges commerciaux afin de réduire les impacts de la crise sur elles et les autres pays en développement. Ces efforts ont abouti à des résultats très positifs. La Chine et les pays africains et arabes, ayant de larges intérêts communs en matière de promotion de la réforme du système financier international, d'approfondissement de la coopération sur la régulation financière internationale et d'amélioration de voix au chapitre et de la représentation des pays en développement dans le système financier international, ont encore un potentiel à exploiter dans leur coopération. Désormais, la Chine continuera à soutenir les pays africains et arabes dans leur lutte contre la crise financière, à mettre consciencieusement en œuvre les huit nouvelles mesures sur la coopération avec l'Afrique adoptées lors de la 4e Conférence ministérielle du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA) et à leur offrir, tout comme par le passé, des aides dans la mesure de ses possibilités. En même temps, nous continuerons à appeler la communauté internationale à accorder effectivement une grande attention aux difficultés et aux crises graves auxquelles sont confrontés les nombreux pays en développement y compris les pays africains et arabes et en particulier les PMA, à remplir le plus tôt possible ses engagements en matière d'aide au développement, de financement commercial et de crédit préférentiel pour les aider à stabiliser le marché financier, à développer l'économie et à réaliser les OMD dans les meilleurs délais. A l'heure actuelle, l'économie modiale se trouve dans une phase cruciale de la sortie de la crise vers la reprise, mais cette reprise, dépourvue d'une base solide, sera un processus lent et sinueux qui nécessite des efforts communs de toute la communauté internationale. La Chine est prête à renforcer sa coopération avec les nombreux pays africains et arabes pour apporter une contribution active à la reprise rapide de l'économie mondiale. Concernant le problème du changement climatique, la Chine maintient toujours des échanges et concertations amples avec les pays en développement dont les pays africains et arabes. Grâce à leurs efforts conjugués, la Conférence de Copenhague sur la changement climatique a abouti à l' « Accord de Copenhague », permettant de défendre au maximum les intérêts des pays en développement, de préserver le statut du canal principal que sont la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique et le Protocole de Kyoto, de maintenir le processus de la double voie fixé par la « Feuille de route de Bali », de différencier les objectifs de réduction des émissions des pays développés des actions d'atténuation des pays en développement, de prévoir des arrangements en matière d'aides financières et technologiques que doivent offrir les pays développés, et de jeter une base solide aux futures actions de la communauté internationale contre le changement climatique. Pendant cette tournée, j'ai eu des échanges approfondis sur la lutte contre le changement climatique avec les pays africains et arabes concernés et les Maldives. La Chine, attachant une grande importance aux défis qu'affrontent les pays africains et arabes et les autres pays en développement dans cette lutte, continuera à coopérer étroitement avec eux, à intensifier les échanges dans le domaine des technologies à bas carbone et à renforcer la solidarité et la coopération dans le cadre du mécanisme du « G77+la Chine » pour faire avancer les négociations internationales sur le changement climatique sur la bonne voie tout en préservant les intérêts communs des pays en développement y compris des petits pays insulaires. Q : Notre monde se trouve aujourd'hui dans une période d'importants changements et réajustements. Dans ce nouveau contexte, comment l'amitié traditionnelle et la coopération entre la Chine et les autres pays en développement vieilles de plusieurs décennies pourraient-elles être consolidées et approfondies ? R : Le renforcement de la solidarité et de la coopération avec les nombreux pays en développement constitue toujours une pierre angulaire de la politique étrangère de la Chine. Quels que soient les aléas internationaux, cette politique ne changera pas. Passant en revue l'histoire, nous finissons par conclure que si les relations entre la Chine et les autres pays en développement ont pu maintenir une grande dynamique, c'est parce qu'elles se fondaient sur la solidarité face aux épreuves et le soutien mutuel, et s'appuyaient sur le respect réciproque et l'égalité, avec comme clé la coopération mutuellement avantageuse et le développement partagé. Dans le contexte international actuel, la Chine et les nombreux pays en développement font tous face à de rares opportunités historiques pour accélérer leur développement, mais aussi à de nombreux défis très complexes. D'où l'impératif pour eux de renforcer la solidarité et la coopération pour défendre leurs intérêts communs, de renforcer la position des pays en développement dans leur ensemble sur l'échiquier politique et économique international et d'œuvrer pour des relations internationales plus démocratiques et un ordre international plus juste, afin d'apporter leur part de contribution à l'avènement d'un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune. D'après moi, pour ce faire, la Chine et les pays en développement pourraient travailler dans les domaines suivants : Premièrement, intensifier le dialogue et les consultations pour consolider la confiance politique mutuelle. Il est nécessaire de maintenir la dynamique des échanges de haut niveau, de renforcer la coordination et la coopération sur les grandes questions mondiales d'intérêt commun, de travailler pour que les pays en développement aient davantage voix au chapitre et soient mieux représentés dans le système international et de promouvoir ensemble un ordre politique et économique international plus juste et plus rationnel. La Chine continuera, tout comme par le passé, à s'exprimer en faveur des pays en développement dans les enceintes internationales pour défendre leurs intérêts. Elle multipliera ses échanges avec eux pour les aider à renforcer la capacité à relever les défis planétaires et la capacité d'auto-développement. Deuxièmement, renforcer la coopération économique et commerciale pour réaliser le gagnant-gagnant. La coopération mutuellement avantageuse entre la Chine et les nombreux pays en développement, fort complémentaires sur le plan économique, possède de larges perspectives. Il faut développer les échanges commerciaux et promouvoir activement l'exportation des pays en développement vers la Chine. La Chine, quant à elle, encouragera ses entreprises à aller plus nombreuses investir dans les autres pays en développement, en leur demandant d'assumer davantage de responsabilités sociales et de vivre en bonne entente avec les populations locales. Il est essentiel d'associer le commerce et le transfert technologique et d'aider les pays en développement à former des techniciens et des gestionnaires. Troisièmement, élargir le champ de coopération et renforcer l'édification institutionnelle. La Chine est prête à accroître son soutien aux pays en développement dans leurs efforts pour l'intégration régionale, à renforcer ses relations avec les organisations de pays en développement telles que l'Union africaine, la Ligue arabe et l'Association sud-asiatique pour la Coopération régionale et à continuer à promouvoir les échanges et la coopération sous diverses formes dans le cadre du FCSA et du Forum sur la Coopération Chine-Pays arabes. La 4e Conférence ministérielle du FCSA s'est tenue avec succès l'année dernière. La Chine travaillera d'arrache-pied à mettre en œuvre les actions de suivi de cette Conférence, y compris les huit nouvelles mesures sur la coopération avec l'Afrique et organisera cette année la 4e Conférence ministérielle du Forum sur la Coopération Chine-Pays arabes qui contribuera certainement à enrichir le nouveau partenariat entre les deux parties. Quatrièmement, promouvoir les échanges culturels et consolider l'amitié traditionnelle. La Chine et les nombreux pays en développement sont tous dotés d'une civilisation brillante. Nous travaillerons pour développer énergiquement la diplomatie publique, soutenir et encourager toutes sortes d'activités d'échanges culturels avec l'extérieur et maintenir les liens étroits avec les organisations populaires, les médias et les institutions académiques. Nous continuerons à soutenir, dans la mesure de nos possibilités, les nombreux pays en développement dont les pays africains dans leurs efforts pour développer les secteurs sociaux comme l'éducation, la santé, les sciences et technologies. Et nous serons également heureux de les voir participer à l'Exposition universelle de Shanghai pour montrer les fruits de leur développement. |