| Nous nous efforçons de développer un partenariat stratégique global |
| 2006-02-20 00:00 |
(Interview accordé par S.E. M. Guan Chengyuan, Ambassadeur de Chine en EU au Centre européen de l'information stratégique et de sécurité le 26 février 2006 à Bruxelles) ESISC. La Chine et l'Union européenne s'apprêtent à renégocier un accord économique vieux de plus de 20 ans? Ambassadeur Guan. Négocier un nouvel accord cadre entre la Chine et l'Union européenne est une nécessité pour le développement continu de notre partenariat, tout simplement parce que nos relations ont énormément évolué et que le champ de coopération s'est fortement élargi puisqu'il couvre actuellement vingt-quatre secteurs. En outre, nous nous efforçons de développer un partenariat stratégique global. Nous avons besoin de nouvelles bases plus stables et plus saines pour asseoir l'idée de cette nouvelle relation. La Commission a obtenu un mandat du Conseil pour négocier avec nous. De notre côté, nous sommes en train de préparer activement les discussions, y compris en assurant la coordination entre les divers départements, experts et ministères qui seront chargés de négocier avec la Commission. L'UE impose, lors de tout accord négocié avec un pays tiers, la signature de clauses standard. Or, il semble que certaines d'entre elles posent problème à la Chine. Les clauses standard sont une position de l'Union européenne. Mais l'accord en question est bilatéral: il doit donc être négocié et accepté par les deux parties. Il ne peut y avoir d'accord imposé par une partie à l'autre partie. Pour l'instant, il est encore trop tôt pour se prononcer, il faut attendre la fin des négociations. Ensuite, les clauses standard portent sur des questions comme les droits de l'homme, la non prolifération ou encore la lutte contre le terrorisme. En principe, ces thèmes ne posent aucune difficulté à la Chine, qui est favorable au renforcement et à la sauvegarde des droits de l'homme. La Chine demeure ouverte sur ces questions-là. Mais le contenu de ces clauses reste à négocier. Nous n'acceptons pas les allégations selon lesquelles ces clauses ne pouvaient être soumises à discussion. Sinon, il n'y a pas de négociations. Telle est notre position de principe. J'espère que nous parviendrons à trouver un terrain d'entente à travers les négociations. Dans le cadre des relations que la Chine entretient avec l'UE, quelles sont vos principales préoccupations ? Ce n'est un secret pour personne que nous avons quelques problèmes en suspens, tels que la levée de l'embargo, l'obtention par la Chine du statut d'économie de marché, etc. Concernant la question des droits de l'homme en Chine, le sentiment que nous éprouvons au sein des institutions européennes est que la situation n'enregistre pas d'améliorations notables, voire qu'elle empire. Si vous avez réellement cette impression, je pense qu'elle n'est pas juste. Si vous regardez objectivement la situation des droits de l'homme en Chine, vous ne pouvez nier les progrès enregistrés ces dernières années. Une clause spécifique sur les droits de l'homme a même été inscrite dans notre constitution et nous avons promulgué plusieurs lois dans ce sens. Une poignée de gens cherchent systématiquement à noircir l'image de la Chine par la calomnie et le mensonge. A titre d'exemple, lorsque nous recevons des listes de prisonniers, nous constatons le plus souvent que les personnes reprises sur ces listes n'existent pas ou que les faits qui leur sont reprochés ne correspondent pas à la réalité. L'un des .gestes . attendus par l'Union européenne est la ratification de la Convention internationale sur les droits civils et politiques. La Chine dit . y travailler . mais elle ne fournit pas d'agenda ou de dates? Si la Chine a signé cette convention, c'est pour la ratifier! Il est probable que certains ont posé cette question comme préalable à la levée de l'embargo, mais en Chine, la décision dépend de l'Assemblée nationale populaire et non du gouvernement. Si l'on demande au gouvernement chinois de procurer un timing, c'est impossible.Nous avons toutefois promis d'accélérer les travaux. Un rapport devrait être soumis au Conseil des Affaires d'Etat qui, s'il l'accepte, pourra alors le transmettre à son tour à l'Assemblée. Si l'on persiste à considérer que c'est une condition préalable, cela signifierait que l'on souhaite intentionnellement poser un obstacle à la levée de l'embargo. Précisément, quels sont les principaux obstacles à la levée de l'embargo? L'embargo est anachronique et devait être levé depuis longtemps entre deux partenaires stratégiques. Au début de l'année dernière, tous les Etats membres étaient d'accord de lever l'embargo, mais après l'intervention d'un pays tiers, l'Union européenne a fait marche arrière. Il s'agit donc plut.t d'un problème entre l'U.E. et un pays tiers. Personnellement, j'espère qu'elle aura le courage de prendre ses décisions en totale indépendance, comme un acteur important du monde d'aujourd'hui, et qu'elle pourra honorer son engagement le plus rapidement possible. La loi anti-sécession votée le 14 mars 2005 par l'Assemblée nationale populaire n'a-t-elle pas également joué un rôle dans le " revirement" des Européens ? Ce n'est qu'un prétexte! Cette loi anti-sécession, c'est d'abord une affaire intérieure à la Chine, qui concerne uniquement les relations entre les deux c.tés du détroit. Elle exprime clairement l'intention du gouvernement central chinois de résoudre le problème pacifiquement, de prendre toutes les mesures nécessaires pour diminuer la tension, de renforcer les contacts politiques, économiques, touristiques et culturels entre le continent et l'Ile de Taiwan. Il ne faut pas nier qu'il existe un mouvement vers l'indépendance de Taiwan. Tant que persistera ce courant, nous ne pourrons relacher notre attention. Quant à l'article 8 dela loi, il signifie que le gouvernement central ne recourra pas à la force militaire tant qu'il n'y aura pas de déclaration d'indépendance de l'Ile ni d'intervention directe d'un pays étranger. En réalité, cette loi ne visait pas la population de Taiwan. Ce sont des Chinois comme nous, avec les mêmes traditions, la même culture. Nous ne voulons pas de combat entre les Chinois, mais notre but est de dissuader le courant indépendantiste. Revenons aux dossiers économiques. La Chine aspire à obtenir de l'Union européenne le statut d'économie de marché. Or, si l'Union considère ce dossier comme étant purement . technique ., la Chine, elle, estime qu'il comporte aussi une dimension éminemment politique. L'Union européenne a pris la décision d'octroyer le statut d'économie de marché à la Russie et à l'Ukraine. A mon avis, cette décision est juste. Mais il me semble clair que, faisant cela, elle n'a pas uniquement tenu compte de critères économiques et techniques, mais que cette décision est aussi politique et stratégique. L'U.E. entretient avec ces pays des relations de nature stratégique. Quant à la Chine, tant sur les plans politique que technique, elle a toutes les qualités pour être reconnue comme un pays à l'économie de marché. C'est avant tout, je pense, un problème de doubles critères. Après vingt-sept ans de réformes et d'ouverture, l'économie de marché est une réalité en Chine, le progrès économique est considérable et reconnu par tout le monde. Ne pas accorder ce statut à la Chine est une discrimination politique et n'est pas acceptable. Mais ce statut est également important pour nos entreprises et leur permettrait de renforcer leur coopération avec celles de l'Europe. Je crois, en fin de compte, qu'octroyer ce statut à la Chine sera profitable tant à la Chine qu'à l'Union européenne et contribuera au développement de notre partenariat stratégique. L'Union européenne met pourtant en avant certains problèmes qui handicapent le bon déroulement des échanges économiques, tels que l'intervention de l'Etat dans la vie des entreprises, les déficiences du système financier ou encore le droit de propriété intellectuelle. Si ces critères sont universels et que l'on se rend compte qu'ils sont reconnus à certains Etats et pas à d'autres, quelle est leur valeur ? Je reconnais qu'il existe des cas isolésqui posent problème en Chine, mais si vous mesurez toutes les entreprises du monde à l'aune de ces critères, ne constate-t-on pas aussi des violations, notamment dans le domaine de la propriété intellectuelle, dans d'autres pays, même en Europe ou en Amérique ? Par ailleurs, la Chine a fait énormément d'efforts pour combattre et punir les actes de violation des droits de propriété intellectuelle. Nous avons promulgué une série de lois et règlements et formé une équipe de 500.000 personnes en vue de renforcer la protection des DPI, ce qui est la plus importante du monde. J'espère qu'on y porte un jugement objectif. |